Sport intensif : l’envers du décor

Ainsi était intitulée la table ronde à laquelle j’ai participé hier à Nantes, une initiative de l’Institut des Addictions Comportementales.

« Un jour, vous achèterez peut-être une paire de roller sur laquelle sera marquée « attention, cette pratique est dangereuse pour votre santé » ou alors sur une paire de running « attention, l’abus de sport peut nuire gravement à votre santé, à consommer avec modération »…c’est ainsi que Xavier Simon, journaliste et animateur de la table ronde à lancer les débats. Nous ne sommes pas encore à l’époque des messages sanitaires liés à l’abus de sport mais « d’abus », il était bien question hier.

« Fabrice, vous avez 39 ans, vous courez en moyenne 10 heures par semaine… », mon intervention était celle du pratiquant de haut niveau (haut niveau étant défini ici par un certain volume d’entraînement, ce qui me semble exagéré au regard des véritables athlètes de haut niveau avec lesquels j’ai peu de choses en commun sincèrement, si ce n’est la passion). Difficile aussi pour moi de me qualifier d’addict devant un certain nombre de professionnels présents dans l’amphi et à mes côtés à la tribune mais ce n’est pas grave car je crois qu’ils ont tiré eux-mêmes une conclusion qui en est assez proche.

Beaucoup de personnes pratiquent un sport pour leur santé, chez moi, c’est différent : l’enjeu n’est pas (plus ?) la santé mais bel et bien le plaisir pur, l’adrénaline qu’on ressent lorsqu’on coure, la douleur qu’on essaie de dompter lorsque ça fait mal. Il n’y a aucun masochisme à cela, juste le fait de ressentir des choses avec mon corps que je ne retrouve pas ailleurs.

Il y avait avec moi à cette table : le Dr Stéphane Prétagut (Antenne Médicale de Prévention et de prise en charge des conduites dopantes), le Dr Yunsan Meas (Direction régionale de la jeunesse et des sports des Pays de Loire), Nadia Dominguez du CAPS de Bordeaux (Centre d’Accompagnement et de Prévention pour les Sportifs).

Nous avons soulevé le fait que s’il existe comme le CAPS de Bordeaux, des structures de soins pour les sportifs d’un certain niveau (Élites, Espoirs, Régionaux), il n’y en a pas pour l’amateur et pratiquant hors stade. Il y a là un manque mais qui sera difficile à combler car les structures mise en places auraient déjà besoin de plus de moyens…

La détection des sportifs « à risque » est en effet difficile comme l’expliquait Nadia Dominguez, « les sportif viennent souvent avec un motif de blessure et notre travail consiste à les faire rentrer dans un schéma de soin mais aussi d’évaluer l’état psychologique du sportif car de cela, ils ne parlent presque jamais lorsqu’ils viennent ». Et oui, c’est pas évident d’arriver chez son médecin en disant, « bonjour docteur, j’ai une douleur au genou droit depuis 15 jours et je ne vais pas bien, je me sens de plus en plus déprimé !! »

Pour Stéphane Prétagut, « on ne voit pas assez de sportif comme Fabrice alors qu’il la faudrait. Ces athlètes ne savent pas qu’ils se mettent en danger et surtout, qu’ils perdent du temps. Le déni est souvent motivé par le désir de maintenir le plan de préparation. A partir de là, le sportif considère la prise en charge comme une perte de temps mais c’est une erreur.»

Vous l’aurez compris, en parlant d’addiction, on parle immanquablement de blessure…

« Il faut réussir à convaincre le sportif de passer une alliance » explique le Dr Yunsan Meas. Lorsqu’un sportif vient me voir, j’essaie de lui expliquer qu’il a un objectif et que nous allons travailler à partir de cet objectif final, en intégrant dans sa prise en charge des étapes intermédiaires. Tout cela est une histoire de négociation entre l’athlète et le médecin. »

Oui, sauf que moi, je négocie avec moi et donc, j’ai toujours le dernier mot. « Vous devriez vous faire accompagner Fabrice, votre passion semble très forte et cela donne du potentiel à vos performances mais à vous écouter, je pense que vous en gaspillez beaucoup par erreur, c’est dommage. »

Ça, vous voyez, je l’ai pris en pleine face comme un double skud. Je sais que je me trompe parfois, mais je fais des efforts pour m’améliorer et là « vlan », le fait de l’entendre m’a secoué : du gâchis ? Je ferai donc tout cela pour ça ?! J’aimerais bien franchement avoir un peu de conseil, mais je voudrais surtout parler de mes séances avec un entraîneur, pas « chater » sur internet avec un coach qui en coache 50 autres ! Mon job ne me permet pas d’aller pratiquer en Club même si j’entraîne les Écoles et poussins de Chelles chaque Week-end à titre volontaire.

Le problème est bien là, je sais ce qu’il faut faire, comment le faire…mais seul, je négocie tout cela est c’est rarement dans le sens de la sagesse et de la raison.

« Au-delà du plaisir, sais-tu ce que tu cherches à courir autant Fabrice, tu seras bientôt Vétéran, que feras-tu lorsque ta VMA va régresser ? Est-ce que tu y as déjà pensé ? Il faudra que tu cherches autre chose que la performance à un moment donné ? » Me demande Xavier Simon.

JE NE SAIS PAS…mais je sais en revanche que je pourrai accepter dans la douleur que mes performances diminuent ; il sera sans doute plus difficile d’accepter un jour de ne plus pouvoir courir du tout.

En attendant, je coure et je n’ai pas envie de trouver ce que je cherche car vous le savez comme moi : c’est encore le meilleur moyen de continuer !

Voilà quelques morceaux choisis de cette réunion. J’attends les abstracts pour un nouveau CR de la partie scientifique pure.

PS : la petite sortie nocturne dans Nantes après le Congrès était plus que sympa. Découvrir une ville en courant est une façon simple et agréable de la sentir et Ressentir. En plus, ça m’a permis de glisser une petite séance de seuil…y’a pas de mal à sa faire plaisir non ?!

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19 réflexions sur “Sport intensif : l’envers du décor

  1. "En attendant, je coure et je n’ai pas envie de trouver ce que je cherche car vous le savez comme moi : c’est encore le meilleur moyen de continuer !"

    MAGNIFIQUE !!! cette phrase qui résume parfaitement ton / notre addiction à ce sport

    Et a Mr Simon tu aurais pu lui répondre que OLMO a gagner l’utmb a 60ans alors veteran ou pas t’as de quoi jouer encore de belles années :)

    • @lexel : tu sais, en fait, Wavier Simon me disait qu’il coure aussi mais depuis peu. Seulement, il constate que l’envie de courir deveint de plus en plus fréquente et il s’est même mis à la compétition : il participera ce WE à la Course du ram de Nantes et prépare son 1er marathon. Je crois qu’en fait, il a très bien compris les choses car il les ressent aussi de plus en plus !

  2. Tout à fait d’accord avec toi, tant que l’on peux courir on le fait ! J’ai eu les mêmes réflexions de la part de mon nouveau coach au club d’althé "tu vas enchaîner trop de long" … oui mais on aime ça et la passion dépasse toute les raisons !!

    Par contre, on devrait être entouré et avoir des médecins de famille qui comprennent ce que l’on ressens…

  3. j’adore ta conclusion avec la sortie nocturne dans Nantes!

    Ils me font marrer moi tous ces intellos qui justifient leur temps en donnant des conseils basés sur des théories gazeuses. Moi personnellement quand je suis moralement fatigué (ça nous arrive à tous) ou si j’ai un problème , ça ne me viendrait pas plus à l’idée d’aller voir un psy que d’aller voir un curé pour parler de ma vie conjugale … Quand ça va pas je vais voir mes potes qui courent et savent de quoi je parle, je vais voir mon coach …

    • Oh le joli commentaire que voilà !
      Il arrive plus qu’on ne croit que certains se lancent à corps perdu (sic) dans la pratique sportive intensive pour fuir, dans tous les sens du terme. comme d’autres préfèrent rester tard au travail.
      En l’occurrence il est préférable de consulter un (bon) psy qu’un curé ;-)

      Merci pour cet article. J’attends la suite impatiemment.

  4. @tous : sincèrement, les participants de la table ronde étaient de vrais intervenants de terrain. Ce qui est dommage c’est que nous, en hors stade ou au niveau où nous pratiquons, ne pouvons pas les recontrer puisqu’il travaillent dans le cadre de structures spécialisées. ce qui m’a frappé chez eux, c’est qu’ils étaient très orientés "entraînement" et pas "simplement prise en charge". Je crois que l’approche qui consiste à travailler sur la base d’objectifs est très intéressante puisqu’il s’agit d’accompagner le sportif pour qu’il arrive dans de bonnes conditions à la compétition.

  5. J’ai un sentiment mitigé en lisant ton CR, il me semble que certains médecins usent de leur position pour te balancer des trucs à la figure, lever des lièvres et après, qu’en-font-ils ? Rien !
    En même temps, je ne sais pas où tu en es personnellement, donc je ne peux pas me prononcer là-dessus.
    Toujours est-il que je rejoins ta conclusion: on a besoin, quel que soit notre niveau, d’être accompagné sur le plan médical. J’ai beau être "newbie’, je sais que je peux compter sur mon "staff": ma médecin du sport, mon podologue, mon osthéo. Et cette relation médicale est précieuse, et complémentaire par rapport au travail réalisé au VRC92.
    Et comme Lexel, j’adore ta phrase : « En attendant, je cours et je n’ai pas envie de trouver ce que je cherche car vous le savez comme moi : c’est encore le meilleur moyen de continuer ! »…
    J’ai beau me demander "Pourquoi tu cours ?" à chacun de mes billets de blog, la somme de toutes ces réponses n’en feront jamais la raison essentielle, que je ne connaîtrait sans doute jamais…
    (Pfffiouuuu! Je suis bavarde, moi !!)

  6. Superbe ce petit compte rendu. Cela laisse réfléchir…
    J’attends le CR de la partie scientifique avec impatience, maintenant que tu m’as particulièrement intéressé au sujet…

  7. @Philippe : tu as raison mais je crois qu’on peut aussi pratiquer intensivement par pure passion et plaisir. Est-ce de l’addiction, ue fuite…pour certain peut-être, pour moi, c’est d’abord un équilibre. ca se complique lorsque je ne peux plus satisfaire à ce besoin.

  8. @Clara : on le sait que tu es bavarde ! les médecins étaient vraiment bien sur place, je pense qu’il y a du vrai dans leurs propos mais eux-mêmes ont reconnu qu’il était difficile de classer les gens comme ça en qqs minutes.

  9. Salut Fabrice,

    Merci pour ce retour, bien que non généralisable je pense que les commentaires des intervenants scientifiques sont assez révélateurs de la «bonne» pensée sur les sports d’endurance.

    Je les rejoins sur un seul point, il est bon de savoir pourquoi on court (J’ai fais mon coming-out dans cet article http://www.ultrawayoflife.com/ultra-endurance-%C2%A0un-sport-%C2%ABholistique%C2%BB/ ).

    Pour le reste, je reste à penser que mon corps est le seul juge de mon entraînement. À moi d’être assez fin pour l’écouter.

    Non, nous ne gaspillons rien lorsque nous faisons des erreurs. Si je me mets moi même dans une situation de blessure alors je connais la réponse pour l’éviter une prochaine fois. Si c’est le coach qui me le dits je ne suis pas sur d’avoir progresser autant. Je ne ferme pas la porte aux conseillers, au contraire je suis le premier à les écouter. Mais je ne les place pas sur un piédestal, et je remets toujours en cause leur savoir au relief de ma propre expérience. Leur filtre n’est pas mon filtre, et ce serait prétentieux de leur part de dire ce qui serait bon pour moi.

    • Bonsoir bruno, ça me fait plaisir de te lire ici. je pensais à toi car je n’avais pas trop envie de venir sur le blog ce soir…la fatigue du boulot, l’entraînement, l’arrivée du froid…je me demandais justement comment ça allait de ton côté ?
      Je partage ton point de vue sur l’apprentissage qui passe aussi par les erreurs que l’on fait. Après, il vrai aussi que pouvoir bénéficier de conseils extérieurs peut aider à un moment à prendre du recul.
      J’ajouterai que le fait d’en parler avec d’autres coureurs aide aussi beaucoup car ces échanges d’expériences sont utiles parfois pour réfléchir sur notre pratique.

  10. Pas trop bien, je sors d’1 bonne angine qui m’a amputé de mes 2 dernières semaines de préparation. ça va être très dur….
    Quand arrives tu a Millau ? J’y serai du Jeudi au Samedi, au plaisir de te voir.

    Bruno

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    • Merci Nicolas. Les sportifs de haut-niveau sont des athlètes qui sont parfois sur la brèche, pas tous mais certains oui. Et encore une fois, j’insiste sur l’après carrière qui là, est pour certain une longue traversée du désert, et des sables celle-là.

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