Trail du Verbier Saint-Bernard 2011 : l’autre côté de la balise

Arrivé vendredi soir à Verbier, j’ai retrouvé l’ensemble des coureurs du trail emmenés par Columbia pour réaliser un test produit en situation. Plusieurs membres du Taillefer Trail Team étaient présents (Mickaël, Damien, Fabien, Benoît et  moi-même) ainsi que quelques amis et invités de la marque : Bastien, Vincent, Jean-Philippe, Cécile et Caroline.

19h00 : La conférence de presse officielle est l’occasion de nous regrouper et d’avoir une première présentation de l’épreuve par l’organisation. Le Verbier en est à sa troisième édition et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’organisation du trail est carrée d’un bout à l’autre. Les 300 bénévoles présents assurent avec l’équipe organisatrice la gestion des deux courses, à savoir la boucle (61 KM 4000 D+) et la traversée (110 KM et 7000 D+). Je ne peux commencer se billet sans remercier l’organisation et en particulier Valérie, la responsable des relations extérieures à Verbier grâce à qui j’ai pu vivre les deux courses en itinérance toute la journée de samedi et surtout Lucile, notre accompagnatrice pour Columbia qui s’est découvert une passion pour le trail …enfin je crois.

Samedi 2 juillet, 3h15

Seuls Mickaël et Benoît ont choisi la Traversée. Le départ de la course est à 5h30 et je tiens à les accompagner avec Bastien et la presse. Nous prenons notre petit-déjeuner au camp de base et là surprise ! Nous rencontrons Thomas Saint-Girond (Team Asics) et Renaud Rouanet (Team Lafuma). Un moment de discussion sympa avant de constater que la navette du Verbier est partie sans nous ! Nous prenons donc la voiture de Mickaël et après quelques minutes de route, je suis submergé par l’ambiance des coureurs présents : des visages concentrés, tendus, le regard de certains participants laisse deviner qu’ils sont déjà partis quelque part dans la montagne…

A 5h30, le départ est donné : pour moi, une journée très particulière va commencer.

6h15 : Col de la Croix-de-Cœur

Premier passage des coureurs de la Traversée et déjà les leaders sont en tête : Rayanne Baumann, Christophe Jacquerot, Thomas Saint-Girond, Renaud Rouanet et Ludovic Pommeret entre autres. Le rythme est parti assez tranquille et le peloton est assez étiré – Karine Herry est en deuxième position pour son grand retour sur le trail. Le passage de Mike et Benoît me donne des fourmis dans les pieds. Je suis là, au milieu d’un site superbe et je ne peux pas courir…l’idée de me lancer tranquille sur le prochain tronçon me traverse l’esprit.

7h35 : Ravito de Sembrancher

Le soleil s’est levé depuis un certain temps et il fait déjà très chaud, avec un vent léger : les conditions sont idéales. Le passage des troupes au deuxième ravito a légèrement modifié la tête de course qui s’étire de plus en plus sous l’impulsion de Ludovic Pommeret et Rayanne Baumann. Nous restons sur place avant de repartir mais je suis frustré car je n’ai pas vu mes amis. Nous sommes sur la route dans le mini bus et je scrute sur le côté de la route car le chemin de sentier est juste là sur notre gauche lorsque … « Mike ! » Je me mets à hurler dans le véhicule sur un petit bonhomme au loin mais je suis certain que c’est lui – je veux qu’il entende mes encouragements et un signe de sa main me donne raison. Il est en rythme et moi, je n’ai plus qu’une idée, rejoindre la Fouly où sera donné le départ du 61 KM pour attaquer un morceau avec mes potes !

La Fouly : départ de la Boucle

Arrivé à la Fouly, je trouve une ambiance de kermesse pour le départ de la Boucle avec des centaines de coureurs en effervescence. Petite peur lorsque nous apprenons que nos camarades ont loupé au camp de base la navette. Il faudra un taxi pour récupérer la troupe et l’amené à la Fouly quelques minutes avant le départ. Moi, de mon côté, je me retrouve avec le dilemme suivant partir ou pas ? J’hésite trop et perds ainsi l’opportunité de me joindre aux coureurs. Après avoir encouragé les concurrents du 110, nous repartons. Depuis ce matin 5h30, un fou furieux encourage les coureurs et certains commencent à me sourire à leur passage, un concurrent (dont je ne connais pas le nom et que j’ai rencontré le matin au petit-déj) improvise même en m’apercevant à un cache-cache derrière un arbre ! Grosse blague, il est hilare et nous aussi avec Bastien. Le type en question est juste en 5ième position du Verbier !

11h30 : Ravito du Col St-Bernard

Lorsque nous arrivons au col, je saute du bus, j’attrape mon sac et j’enfile ma tenue : c’est trop de voiture pour moi et le site est superbe. Si je dois laisser une fesse et des ischios quelque part en vrac, je veux que ce soit ici ! Je cours vers Tiphaine, co-organisatrice et lui demande la permission de partir sur le tronçon jusqu’à Bourg St-Pierre (11 KM et 1100 D-) : elle dit oui et moi, je file comme un gosse. J’ai les yeux mouillée. Sans doute la chaleur …

Voilà, mon Verbier commence et d’emblée, ça grimpe avec un peu de dénivelé (200 D+) et puis j’arrive à 2469 m d’altitude pour basculer sur un paysage absolument magnifique. La descente commence et j’attaque direct car derrière il y a du monde et pas question de jouer les boulets ! Je filme un peu ma descente avant de ranger la caméra car la piste est très étroite et la moindre erreur ne pardonnerait pas. Je cours depuis 45 mn et mes jambes sont au top (youpi !). Je joue la prudence.

Après 1h15 de descente vers Bourg-St-Pierre, je longe un lac artificiel superbe qui sert de barrage. Devant moi, quelques coureurs en ligne de mire. Pour rire (avec moi), je décide de filmer ma remontée et aussi tester la réaction des ischios.

1h45 de course, ça commence à tirer un peu sur la jambe car depuis20 mn, c’est plat et moi actuellement, j’ai plus de difficulté à courir sur du plat. Heureusement, le ravito est là et je termine avec un énormmmmmmme sourire ce tronçon, sans douleur majeure. C’est décidé, je vais en faire un petit bout supplémentaire ! Le temps de me restaurer et nous partons vers Lourtier, l’avant-dernier ravito avant l’arriver à Verbier. Je n’ai plus de nouvelle des amis.

Voir Lourtier et mourir…

Avez-vous déjà fait un kilomètre vertical ? Moi non. Enfin maintenant oui. Nous partons à 15h30 avec Bastien, Pascale de Columbia et Caroline, journaliste. Nous ferons cette portion en mode rando. Avec l’euphorie, ça part un peu vite mais nous allons rapidement nous calmer car la pente est raide, très raide : 1400 D+ en à peine 5 KM…ça piquotte les cuisseaux. Nous montons en rythme, Pascale a décidé de monter seule un peu en retrait, moi, je peine car les cuisses ont déjà la descente vers Bourg-St-Pierre et cette fois, ça commence à tirer de partout. Cette montée est dure, éprouvante mais avec Bastien et Caroline, on se sert les coudes et cela va m’aider à grimper – pas de douleurs aux ischios mais je sens bien que la fraîcheur n’y est plus.

Arrivés au col de la Chaux, nous prenons un ravito (Coca avec une pincée de sel pour moi) et nous enquillons pour 800 D-. A cet instant, nous ne savons pas que la portion devant nous est plus difficile encore : très technique, pleine de racines pour descendre sur Verbier. Je voulais ma dose d’effort et je l’ai. Je ne peux m’empêcher de penser aux amis qui derrière, vont suivre ces sentiers, ces chemins avec 50 ou 100 bornes dans les jambes ! Respect.

Comme ça descend et même si c’est dure (c’est pas grave !), je retrouve une petite forme et ça repart avec l’aide des bâtons en mode « speed mountain walk ». Ce n’est pas de la marche, ni de la course à pied mais je me déplace.

Après 2h30, les derniers kilos sont désormais devant nous. La ville aussi et sur le plat, mes ischios tirent de plus en plus. Nous finirons comme nous avons commencé : ensemble et comme par magie, Ludovic Pommeret nous dépasse sur l’arrivée après 14h08 de course et une heure d’avance sur le second Rayanne Baumann.

Belle façon de finir ce deuxième tronçon qui porte à 22 KM (1600 D+ et 2000 D- cumulés) le total de ce Verbier pas comme les autres. Photo ci-contre de Djailla (merci !).

Where are Mike ? Benoît ? Damien ? Vincent ? Cécile et tous les autres ?

Vers 21h00, nous commençons à scruter le suivi en ligne des concurrents en squattant à droite, à gauche des Iphones. Damien est proche, derrière ça suit à plus ou moins longue distance.

Je reçois alors un appel de notre pote Johan qui a parlé avec Mickaël « ça va mais c’est dure » me dit-il, « faudrait que tu l’appelles ». C’est ce que je fais. Mike me dit alors qu’il marche depuis la Fouly car c’est parti vite et le tracé est aussi dur qu’il est magnifique. La nuit tombe et nous nous faisons une promesse : il finira cette Traversée du Verbier demain matin aux aurores et moi, je serai là pour l’accueillir.

 

Dimanche 4, 5h50

J’ai dormi avec le téléphone prêt de moi. Lorsqu’il sonne, je bondis de mon lit et je m’habille en deux minutes. Dehors, il n’y a personne, pas de bus. Le désert, mais je décide de monter en stop à Verbier (nous dormons à 1h00 de marche de l’arrivée !!). Je suis très tendu car le temps est compté. Une camionnette me prend et me conduit sur place après 5 mn d’attente (on appelle cela de la chance), j’appelle alors Mike « dis, tu peux ralentir que j’ai le temps d’arriver ? ». ET il le fait car il est comme ça Mike. A mon arrivée, je saute du véhicule (une fois de plus) et je cours à sa rencontre. C’est bête mais lorsque je l’aperçois, j’ai une petite gouttelette de « sueur » au coin de l’œil : 110 KM, 7000 D +, 25h00 de course et une nuit entière dans la montagne, seul. Je suis super fier de l’accompagner sur les derniers mètres et nous franchissons ensemble la ligne. Photos souvenir, accolades, un café ensemble…nous sommes seuls sous la grande tente et le silence est inhabituel dans cet endroit qui était une fourmilière la veille au soir.

9h30 : Je vous laisse imaginer les discussions du petit-déjeuner lorsque nous sommes tous à nouveau réunis pour partager nos résultats, impressions…vous pourrez lire leurs récits ici dans quelques jours :

Damien

Vincent et Jean-Philippe

Bastien

Benoît

Cécile

Fabien

Et Mickaël

J’écrirai plus tard la rencontre avec les techniciens de Columbia car là, j’avais envie de partager avec vous l’émotion de ce week-end unique qui m’a fait oublier que depuis 4 mois, ma saison est arrêtée.

Ah si pardon, j’allais oublier truc super important : lorsque vous êtes sur le côté à encourager les coureurs de trail et d’ultra trail, regardez bien leur visage : j’ai vu ce week-end des visages se décrisper, retrouver leur sourire, des types me serrer la main, d’autres me remercier…Suivre et encourager tous ces participants était une aventure en soi. Un point de vu sur le trail que je n’avais pas encore de l’autre côté de la balise.

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22 réflexions au sujet de « Trail du Verbier Saint-Bernard 2011 : l’autre côté de la balise »

  1. J’avoue que j’étais plus que méga content que de taper dans la main à Bourg-Saint-Pierre et un peu déçu de ne pas t’avoir croisé au refuge du Saint-Bernard…

    Reste que les personnes de l’autre côté de la ru-balise sont plus importantes que les personnes qui courent, car sans elles (bénévole et spectateurs), ce genre d’évènements ne seraient pas possibles dans les conditions nécessaires à la pratique.

    J’ai encore la tête quelques parts dans les alpes suisses… sur un bout de parcours de ce magnifique trail. Ça va être dur de décrocher et de revenir à la réalité.

    • @Doune : et bien moi, j’ai aimé vous regardez jusqu’à n’en pouvoir tellement plus que je suis parti comme un dératé sur vos traces. Devant, derrière, pour moi, on y était ensemble quelques heures et c’était vraiment bonnnnnnn.
      Et pour répondre à la question que tu m’a posé ce week-end : non, je ne suis pas certain d’être aujourd’hui capable de faire ne serait-ce que la Boucle mais crois moi, d’ici peu, ce sera le cas :-)

  2. Que d’émotions dans ton récit, ça c’est du reportage avec un grand R, tu es vraiment le pote qu’on veut tous avoir sur une course.
    A très bientôt aux templiers et la on partagera tous l’effort !!!

  3. Tu as vécu là de grands moments d’émotions que tu as réussi a nous faire partager au travers de ce billet..Merci.
    ça a du être quelque chose cette arrivée de Mike en pleine nuit….

    • @vinvin20 : tu me croiras si tu veux mais j’y ai pensé toute la nuit et pour ien, je ne l’aurais manqué. D’ailleurs, je ne l’ai pas manqué…ces quelques minutes, elles sont à nous pour l’éternité. Je n’ai jamais passé une nuit entière dehors en pleine montagne à plus de 2000 m. Combien d’entre nous l’ont fait ? Moi je dis que j’ai deux potes qui l’ont fait et ça impose du respect pour eux. C’était merveilleux.

  4. Wow, génial ton article, surtout que j’ai eu la chance de faire partie de cette aventure ! Et ta conclusion est plus que pertinente ! Comme toi, même en ne courant que cette dernière portion de parcours, j’ai vécu la course de façon intense et enflammée, si vous avez un ami ou un proche sur ce genre d’épreuve, venez vivre avec lui ce beau défi, vous passerez une superbe journée, surtout que le cadre et la météo sont aussi extraordinaires !

  5. Bon voila, j’ai pleuré le dimanche matin lorsqu’un furieux à la jambe qui boite (plus pour très longtemps) m’a cueilli à l’arrivée et deux jours plus tard je remets ça devant mon pc à te lire enfoiré !!!

    Grosse émotion cette arrivée de loin mon meilleur moment de ma petite vie de Traileur …

    Je peux dire que grâce à toi j’ai mis les deux pieds dans l’Ultra car je n’aurais pas fini cette coursette si je n’avais pas croisé ton regard au ravito de la croix de coeur … comme quoi ça se joue vraiment à des détails ;)

    @ très bientôt mon poto, surement l’année prochaine ou on inversera les rôles …

    • @l’ami: ce qui s’est passé à Verbier n’appartient qu’à nous – les joies, les doutes, les éclats de rire…tout. le redescente était un peu dure hier côté Paris mais je me suis raccroché aux images que j’avais en tête. Vivement la prochaine !

  6. Quelle belle aventure ! J’aime lire ces echanges sur ces instants de magie … Quel bonheur !
    On se voit au plus tard fin Octobre !! D’ici la portez-vous bien…

  7. Belle plume !!! Salut les parisiens !!! il est vrai que la montagne s’était mise sur son 31 pour vous accueillir ce week-end ! un soleil radieux, une équipe de trailer super sympa, une chouette ambiance, de belles amitiés, des paysages de carte postale et même les röstis pour la fin !!! Mais que demande le peuple ??!!!
    Bravo à tous, ce fut un grand plaisir de faire votre connaissance ,et de partager quelques moments magique avec vous.
    Allez, je vous envoie 3 bises !!!

    Valérie

    • Merci Valérie. Très heureux que tu viennes discuter sur le blog car tu y es la bienvenue.
      Ce week-end aura marqué à plus d’un titre le groupe et je peux te dire que nous reviendrons : moi, en tout cas, j’ai une revanche à reprendre sur ma blessure et ce que j’ai vu me donne envie de revenir.
      Restons en contact et encore merci à toi pour l’accueil.

  8. Ping : Columbia trail Verbier Saint-Bernard – Jour J : une journée qui commence par un pouce levé et se termine par courir-au-feminim.com et wanarun.net qui passent la ligne d’arrivée ensemble !

  9. Superbe récit. Et ton implication dans cette course fait vraiment plaisir !! J’ai adoré le « Ralentis que j’ai le temps d’arriver ». Les coureurs comme les supporters vous avez vraiment vécu quelque chose de beau !! Un bien bel esprit d’échanges et de partage ! Vraiment superbe !!

  10. Ping : Escribire o morer : la tyrannie de la visibilité ? « RunOnline

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