Rencontre avec Fabrice Millet, podologue

Hier soir, à la Veillée du bois, Agnès Hervé avait invité un professionnel du sport et de la santé du sportif. Fabrice Millet, podologue cycliste a accepté de répondre à quelques questions sur la podologie : merci à lui.

Existe-t-il des signes qui peuvent alerter le coureur à pied dans sa pratique sur un problème relevant de la podologie ?

FM. Oui. Pour cela, j’ai envie de dire qu’il faut être attentif car plusieurs signaux peuvent vous mettre sur piste d’un éventuel problème :

Une usure anormale de la semelle et sa localisation (avant/arrière, côté droit/gauche de la chaussure) ;

Vos appuis : est-ce que vous ressentez une sensation d’affaissement, la position du pied au sol est-elle vers l’extérieure de façon prononcée ?  Le genou va-t-il vers l’intérieure/l’extérieure. Attention, un affaissement peut se ressentir après plusieurs heures d’effort, notamment en fond et ultra fond, il faut essayer de distinguer cette conséquence de la fatigue d’un problème de posture et ça, c’est le job du podologue.

Pouvez-vous nous décrire une consultation, le protocole de prise en charge du sportif ?

FM. Tout d’abord, je prends en charge deux types de sportifs : les cyclistes dont je suis spécialiste et les coureurs à pied. Il faut dire que certain(e)s pratiquent les deux disciplines pour diverses raisons : la CAP aide le cycliste à développer son endurance et le vélo aide le coureur à alléger le foncier et permet d’avoir une charge de travail avec moins de traumatismes musculaires et articulaires.

Donc, il y a d’abord l’interrogatoire. C’est un point essentiel car je pose beaucoup de questions pour connaître le sportif qui consulte (sa pratique, son historique de blessures, ses équipements, etc.). Ensuite, il y a l’observation, regarder le maintien de la personne, sa posture générale, ses chaussures (toujours venir avec !)… Ce travail vient compléter l’interrogatoire. Le passage sur le podoscope qui permet de visualiser l’empreinte du pied au sol, d’établir un diagnostic et de définir les besoins de corrections pour la réalisation des semelles orthopédiques – il faut bien se dire que l’objectif final est de déterminer si le patient a besoin d’être équipé ou pas. Dans le cas de l’équipement par une semelle, ce sera la dernière étape : elle consiste à réaliser une semelle thermoformée adaptée au pied du patient. Il est possible que sa réalisation nécessite certains rééquilibrages par la suite, je reviendrai sur cet aspect dans le cadre de la prise en charge et du remboursement. Une chose me semble importante : notre travail n’est terminée que lorsque notre patient est bien équipé, c’est-à-dire avec les bonnes corrections orthopédiques. Question de conscience professionnelle.

Vous parliez de cyclisme, l’équipement en semelle est-il différent du coureur ?

FM. Ah oui, totalement ! Le cycliste a besoin de semelles rigides, souvent renforcée sur l’avant du pied en raison de la poussée au pédalage. Leurs besoins sont différents, aussi, il peut arriver d’équiper un athlète qui croise les deux disciplines pour chacune de ses pratiques car les semelles sont uniques et ne peuvent se porter d’une paire de running à des chaussures pour le cyclisme.

J’ajouterai que pour la pratique du cyclisme, étant spécialisé dans cette discipline, je demande bien entendu au patient de venir avec son matériel, donc son cycle ! Et je le conseille sur le choix du matériel adapté à ses besoins…comme on conseille un type de running au coureur en fonction de ses particularités.

Comment est-on pris en charge au niveau des frais pour ce type de soins ?

FM. Il existe deux cas : la consultation directe, non remboursée par l’Assurance Maladie et la consultation sur prescription médicale du médecin traitant, remboursée.

Dans le cas du remboursement : il s’agit de 60% de 28 euros base sécu, le reste étant à la charge du patient ou de sa complémentaire s’il en a une.

Il est fréquent que le podologue propose un forfait comprenant la consultation et la réalisation des semelles (tarifs variables de 70 à 150 euros en moyenne selon l’équipement nécessaire). Ensuite, selon les pratiques de chacun, nous acceptons de faire des retouches jusqu’au réglage optimal de la semelle, ce qui me semble normal, mais certains professionnels peuvent faire payer ses ajustements car il n’y a aucune obligation légale en la matière : il est donc très important de bien se renseigner sur les modalités tarifaires et ce qu’elles comprennent.

Pourquoi faire des réglages après ?

FM. Et bien tout simplement par chacun est différent et le corps doit s’adapter aux semelles. Il peut arriver parfois, ce n’est pas systématique, que nous devions revoir une correction pour en améliorer l’efficacité.

A partir de là, il y a deux périodes d’adaptation lorsqu’on met des semelles :

La période d’adaptation dite « rapide » : jusqu’à un mois, elle permet au corps modifier ses appuis. On ressent parfois une gêne car la semelle est inhabituelle, parfois quelques courbatures après l’entraînement. Cela fait parti du processus d’adaptation.

La période d’adaptation dite « longue » : c’est  la seconde phase du processus, les muscles continuent de s’adapter sans que le sportif n’en ressente forcément les effets. Cette période dure quelques mois, jusqu’à 6 mois au maximum.

Pendant ces deux phases, toute douleur ou problème à la pratique doit être signalé au podologue. Il faut mieux lever un doute que risquer la blessure.

Fabrice Millet, vous êtes le bienvenu pour réagir, et corriger mon propos si cela vous paraît utile 🙂

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7 commentaires sur “Rencontre avec Fabrice Millet, podologue

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  1. Quand je t’ai vu avec ton petit calepin j’ai tout de suite su qu’on aurait droit à une interview très intéressante 😉

  2. Attention tout de même à l’amalgame un peu rapide entre la définition de la posture en statique (comme chez le podologue) et les conclusions sur une posture en mouvement. Le pied ne réagit pas de la même façon debout à l’arrêt et lors d’une foulée. Dès lors définir une semelle à partir d’une étude statique me semble bien dangereux. vous pouvez tester vous même, en restant debout et en modifiant la pronation de quelques millimètres en plus ou en moins à l’intérieur. Je peux ainsi de moi même donner à penser au podologue que j’ai une forte ou légère pronation.

    1. @Bidépy : tu pourrais avoir raison si ce n’est que la consultation, comme je l’ai expliqué, repose sur plusieurs paramètres et le podoscope n’est qu’un de ces éléments : il y a aussi l’interrogatoire du sportif qui va donner des informations et surtout l’observation des chaussures. Et sur ce point, sauf à courir sans chaussure, tu conviendras que l’examen permet de déterminer certains appuis prononcés ou pas qui résultent du mouvement. Fabrice Millet m’a parlé d’autres exercices/postures qui permetent de déterminer d’éventuels problèmes. Face à des éléments qui ne convergent pas, un bon podologue fera d’autres investigations.
      Bruno, la podologie ne règle pas tout mais par exemple, pour ce qui me concerne, nous avons tous dans la famille un problème de décalage au niveau de la hanche (pour faire simple), il a été corrigé grâce à des semelles et sincèrement, qu’elle autres moyens aurais-je pu trouvé ? Je pense que ce type de prise en charge peut, au même titre que l’ostéopathie, la kiné répondre à des problèmes que nous rencontrons. Cela ne nous dispense pas d’essayer de prévenir les risques, blessures en ayant l’approche la plus saine possible.

  3. En effet ma critique de la podologie ne va pas à l’encontre d’une solution lié à une pathologie. Malheureusement, trop de coureurs pensent à tort être anormalement constitués et non apte à la cap sans prothèse. Alors que bien souvent avec un travail progressif de musculation/renforcement du pied on arrive à un même résultat, ca prend surement plus de temps et demande plus d’efforts que de faire une semelle thermoformée, mais ca me semble plus «durable» comme approche.

    1. Je te comprends mais cela n’a rien à voir avec la discipline elle-même. Tu réalises un travail de fond particulier sur toi-même et sur les événements que tu rencontres (blessures, défaillances en compétition…) alors que beaucoup de coureurs n’en n’ont pas l’envie ou parfois les compétences car il s’agit aussi de cela (lire, étudier et comprendre la préparation physique, la nutrition). Il est certain que je préfère et de loin ton approche car elle est plus saine. Mais tu me connais un peu et moi, c’est le versant pathologie qui triture…

  4. Pouvez vous me donner par message privée l’adresse Mail de Monsieur Millet.(demande de consultation vélo)
    Je vous en remercie par avance

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