Pour Bernadette.

La majorité des trails sont lancés dans un bruit assourdissant d’excitation, avec la sono et le speaker, qui essaie avec plus ou moins de succès selon les courses de chauffer les participants. Ce matin, à Compiègne (60), pour la première édition de la Trail’Oise, nous avons rejoint la ligne de départ sous l’arche, l’un des organisateurs a donné un briefing sobre et rapide et puis nous avons observé une minute de silence. A la mémoire de Bernadette.

Je ne sais pas vraiment qui était Bernadette, enfin si, elle était organisatrice et passionnée de course à pied, une de ces personnes qui donnent plus que leur temps pour que nous, coureurs, nous puissions pointer le bout de notre nez le dimanche matin pour courir. La météo était clémente ce matin, Bernadette pouvait donc reposer en paix ; nous, on assurerait le reste…

Oui mais on ne peut rien contre la nature…humaine

Sur la ligne de départ, je ne suis pas seul, Olivier, un nouveau pote de course à pied 🙂 m’accompagne mais il projette de partir à 14 alors que moi, je décide de bloquer le compteur à 12 km.  Je suis bien dans mon rythme et je file les 10 premiers kilomètres sans difficultés. Soudain, alors que je suis au niveau du 15ème kilo, je vois revenir vers moi un groupe de dix coureurs : les panneaux de signalisation ont été retournés, le balisage arraché…et nous sommes sur la mauvaise piste (il en sera ainsi à plusieurs reprises). On ne peut rien contre la connerie humaine mais que ceux qui ont fait cela soient maudits avec tout le mépris qu’ils méritent.

Bref, nous repartons et là, je cours jusqu’au 25ème kilomètre et paf, une nouvelle fois « plantade ». Je galope maintenant depuis 2h45 et le coup au moral, même pour 200m, est dur et j’accuse le coup car je me mets à douter sur le parcours et ses indications. Jusqu’à cet instant, les choses allaient bien mais je me sais encore juste au niveau kilométrage et l’idée de faire plus de 37 km commence à me miner…

Je cours seul car les erreurs successives ont accéléré l’éclatement du peloton. Je remonte sur des coureurs très lents, ce qui me laisse penser que j’ai perdu beaucoup de temps. Au ravito du 21 kilomètre (pour moi), un type a quant à lui 23km500 ! J’avance mais je sens mes jambes se durcir et à l’approche du kilomètre 30, je craque complètement : je suis bien hydraté, j’ai mangé salé et sucré mais là, il n’y a pas d’excuse, je suis simplement à bout de force et comme je doute, ne sachant combien de kilomètres il me reste à faire, c’est pas bon du tout. Nous avons enchainé une succession de montées et descentes assez dures. La nature est magnifique et je souffre en me disant « allez ! ce soir, lorsque tu écriras ton article, tu penseras à tout cela en souriant (et là, voyez-vous, je souris  🙂 ) »

Quant on a pas de tête, faut avoir des jambes, mais que fait-on quand on a plus de jambes non plus ?!!

32ème kilo, après 2 kilomètres de marche, je repars en courant, profitant d’une descente mais manque de bol, je file à l’anglaise tête baissée et je loupe la rubalise à gauche !! Une qui n’avait pourtant pas été arrachée !! C’est une femme qui me rappelle – une rencontre énorme : « ben alors, je vous observe depuis tout à l’heure, vous faites n’importe quoi ! C’est ça d’être jeune (elle parle de moi yes !!). Faut pas courir comme ça vous n’y arriverez jamais ». Je m’incline devant l’âge de la dame et devant son ton très maternel. Je me calme et essaie de la suivre un peu. Le Garmin affiche 37 km, nous devrions être arrivés et je ne sais vraiment plus où j’en suis. Je craque à nouveau et décide alors d’appeler Olivier.

Olivier a fait fausse route alors qu’il était en tête avec un petit groupe mais s’est retrouvé à son grand étonnement au départ avec les arrivants du 14 km !! Erreur d’aiguillage…la rage.

Le dernier ravito est devant moi, je recharge les batteries avec des Tucs et du Coca. Les bénévoles annoncent 5 km…je vais faire un marathon, comme mes amis Virginie, David et Greg à l’Hortus !

La sorcière du bois…

Olivier est en route pour venir à ma rencontre, et moi je me traine lamentablement. Soudain, un type devant son break m’interpelle « hep mon garçon, tu vas où comme ça à cette allure ? Tu t’arrêtes pas chez moi ?! » C’est le traiteur, un ravito « extra » où le Monsieur sert des tartines de camembert avec du Bordeaux…je décline avec politesse mais le type insiste « quoi, quoi, on fait le malin parce qu’on est venu courir ? Mon garçon, vu ton allure, tu ferais mieux de faire une pose, ça peut pas être pire ! ». Et là, j’éclate de rire car ce dialogue est tellement improbable que je dois discuter un peu avec lui. Il me raconte deux ou trois blagues, me fais une tartine de fromage et en repartant, il me crie « dis à tes potes que t’as rencontrer une sorcière, ça excusera ton temps ! ». Je repars en courant, j’oublie que j’ai mal aux jambes.

A 500m, Olivier m’attend. Il y a un groupe de cinq bénévoles qui trinquent « Bravo ! Une p’tite binouze pour la route ? » « Ah que oui ! Merci ! » Et là, je me dis qu’au moins, si je meurs avant l’arrivée, ce ne sera pas de déshydratation 🙂 !

Avec Olivier, ça repart direct, au train (lent) mais quand même, je cours et je retrouve un peu de fierté à terminer ce parcours en coureur avec lui.

42km400, je rentre sur la piste pour me diriger vers la banderole, soulagé.

Je n’ai rien trouvé aujourd’hui de ce que j’étais venu cherché : un temps pour évaluer mon état de forme, évaluer mes ischios sur une distance au delà de 30 km.

Par contre, j’ai rencontré de curieuses personnes, drôles et sympathiques : disons que cela me permet de relativiser et surtout, de rester optimiste sur le genre humain…

Merci aux organisateurs, aux bénévoles : le débalisage, c’est ingrat et ça met tout le monde et colère…maintenant, je vais être obligé de revenir en 2013 pour savoir ce que je vaux 🙂

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19 commentaires

  1. Excellent moment finalement !!! On se croirait dans un rêve ?? Alice aux pays des merveilles ??? Un truc de dingue encore … sacré Fabrice 😉

  2. « Quant on a pas de tête, faut avoir des jambes, mais que fait-on quand on a plus de jambes non plus ?!! »

    normalement c’est à ce moment la que tu as un pote qui sort de nul part avec le thème SW a bloc sur son iphone, et là tu peux continuer de courir sans tete, ni jambes :p

    Surement ton meilleur billet ever !! j’ai kiffé !!, je l’ai lu 3 fois j’ai adoré malgré les galères, c’etait de superbes rencontres, on pourrait presque croire que c’etait un rêve tellement tout était improbable. Heureusement que tu as pris la photo du gas avec son ravito au cul du break sans ça je t’aurais jamais cru.
    Remet toi bien de tes émotions 🙂

  3. @Mich’ et Johan: sincèrement, j’ai eu l’impression parfois d’être dans la série numéro 6, passant et repassant plusieurs fois au même endroit sans comprendre vraiment. Et puis les rencontres, jamais mais vraiment jamais, on ne m’avait abordé de cette façon et je dois dire que ça m’a beaucoup remué car j’ai pensé à l’arrêt à plusieurs reprises.

  4. Quelle billet magnifique , merci car j ai vécu grâce à toi un peu de mon marathon annulé , et comme quoi je me suis dis j aurai certainement vécu quelques galères aussi , mais raconté de la sorte, c est fantastique ! Enfin ta pensée pour nous m à vraiment touché , merci beaucoup et bonne récup!

  5. Pour le marathon de 2011, il y avait une minute de silence pour les victimes de Fukushima; c’était impressionnant.
    Par contre, ca doit être fatiguant moralement ce débalisage. Et je en vois pas l’intérêt qu’ont eu les connards à cette pseudo farce…
    En tout cas, un grand bravo!
    PS: tu as bien fait de prendre en photo « La Sorcière », sinon, je n’aurai jamais cru à ton histoire!

  6. Meilleure allure à 2:25min/km. Tu as vraiment vu une sorcière et fait un tour sur son balai. Bien résumé la journée.
    J’aime bien la référence à Alice aux pays des merveilles. Lewis Carrol le traileur !!

    • @Olivier: oui je sais, y’a comme un truc étrange. C’est comme le dénivelé qui indique 1477m D+ ?! Même cumulé, c’est beaucoup et porutant, mon garmin ne fait pas ce genre d’erreur ?? je crois qu’il s’est vraiment passé un truc étrange ce dimanche…

      • C’était « le prisonnier » dimanche mais « la quatrième dimension »

  7. salut,
    En lisant ton récit, j’avais vraiment l’impression de revivre ma première course longue distance…je pensais faire 37 kms et au final à cause d’un malheureux problème de balisage j’ai fini avec 42,440 kms au compteur!!!
    Yes j’ai réalisé un de mes objectifs à savoir de faire un marathon sauf que ce n’était pas prévu!!!
    Je finis en 4h23 et sans ces qques kilos en plus j’aurai pû terminé dans les 12 premiers!!!
    Content d’avoir réalisé un de mes rêves mais déçu des résultats qui ne réflétent par la performance du jour!!!
    Y a plus qu’à recommencer l’année prochaine…

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