Trail des Hauts-Forts Morzine/Avoriaz

On va plutôt s’arrêter ici…

Il est 13h34 samedi lorsqu’avec Johan (Terre de Trail), je passe la ligne d’arrivée à Avoriaz…à côté de l’arche. 10 mn plus tôt, après avoir négocié (avec moi), et marchandé avec Johan pour retarder le plus longtemps possible les mots qui blessent : « vous abandonnez messieurs ? » demande un bénévole, « non, on va plutôt s’arrêter ici » …comme une ultime coquetterie, histoire de ravaler ma peine – de toute façon, je n’ai que ça, plus une goutte de salive, défait par une mauvaise hydratation.

La veille au soir, Damien (Coureur du Chablais) vient m’accueillir en gare de Thonon-les-bains, j’ai droit à la visite guidée et même une présentation du parcours avec les mises en garde de rigueur. Damien nous reçoit chez lui avec Johan : encore un week-end trail aux petits oignons. Une pizza plus tard, notre hôte nous quitte : court mais sympa de pouvoir partager un moment ensemble (merci Doune !).

Magnifique tracé des Hauts-Forts

Samedi matin, nous nous élançons à 7h15, 100m de bitume puis nous engageons la première côte pour 560 de D+, le peloton s’étire calmement tel un long serpent dans sur le sentier forestier. Je règle ma foulée sur celle de Johan puisqu’il est désormais évident que je ne sais pas garder mon calme au départ. La première ascension passe sans difficulté, nous attaquons une descente très difficile et technique ; Johan est toujours en phase de chauffe et retrouve petit à petit des sensations. Cette longue descente nous conduit directement en forêt où nous empruntons un single de toute beauté, c’est sinueux, ombragé, il y a des rochers, des rivières…1h30 de course, nous commençons à dérouler toujours avec prudence mais le rythme est bon.

45° à l’ombre ? Non, 45° de pente !

La première bosse se présente enfin à nous (Col du cou), c’est Johan qui passe devant car il grimpe en rythme alors que moi, je m’excite et je bloque en 300 m. On grimpe, et on reprend quelques places à la vitesse de  800 m/heure. Jusque là, tout va bien, très bien.

Comme foudroyé… par ma connerie

Oui, je sais, vous vous dites que la connerie ne foudroie personne mais détrompez-vous. Nous sommes à 2h45 de course, à l’approche de premier « gros » ravito lorsque mes jambes sont coupées net ! Je suis totalement désemparé, je ne comprends pas encore. J’attrape un gel, pensant reconnaître les signes d’une hypo mais en l’espace de 200 m, mes jambes se tétanisent et deux boules derrière les cuisses apparaissent, mes mollets se contractent : je pars en vrille à la vitesse grand V. Johan me permet de gagner un peu de répit avec deux pastilles de Sportéine, histoire d’arriver au ravito. Nous prenons 10 mn avant de repartir, ça va mieux mais en ouvrant ma poche pour recharger en eau je comprends mieux …elle est pleine. Grossière erreur commise sur ce premier tiers de course : je n’ai bu que 25cl d’eau alors que nous sommes en plaine canicule : qui peut croire à ça ?!

Col du Fornet, ma première crête

Lorsque nous repartons, je crois un bref instant que cette erreur n’aura pas de conséquences graves mais très vite en plein cagnard, les crampes reviennent, les maux de ventre apparaissent. Je regarde Johan s’éloigner et lui me regarde « je t’interdis de t’arrêter ! » me lance-t-il une fois, deux fois, etc. Il s’arrête, attend, reviens vers moi mais rien n’y fait, je commence à envisager un truc bizarre : et si je devais arrêter ?! Un coureur essaie de me relancer « je te paie une bière à l’arrivée si tu me suis, allez viens ! ». C’est vrai qu’une petite binouze me rendrait le sourire… Je marche de plus en plus sur un chemin terriblement technique, étroit mais cette crête (sur le Col du Fornet) est belle, trop belle alors je prends une photo, puis deux…c’est cuit au sens propre et figuré ;-(

Comment c’est loin…

La descente jusqu’au dernier ravito passe mal mais Avoriaz est seulement à deux kilomètres. Avec Johan, on fera le max pour courir mais avec des cuisses qui crampent, c’est pas évident. Au ravito, pas de miracle, je fuis un peu Johan du regard, lui me fixe, « alors, on fait quoi ? » …  « Attendons encore une minute s’te plait, ça va peut-être passer ». Je marchande mon abandon comme d’autre un tapis aux souks. Nous courons depuis 5h30 et avons fait  27 kilomètres grimpés 2300 D+.

« Il reste 16 km et 650 D+, vous arrêtez messieurs ? », interroge un bénévole.

« Non, mais … » vous connaissez la suite.

Il y avait pourtant tout pour que ça marche : un joli tracé, des points d’eau en nombre !! Des bénévoles chaleureux et vraiment très disponibles – merci à la ville de Morzine pour cette invitation. C’est lorsque je découvre des paysages aussi beau que je comprends mieux ma chance de les traverser en courant.

Il y a eu plus de 20 abandons, 81 classés sur 180 partants annoncés…les résultats du scratch grand parcours 2012 ici.

Philosophie d’après course

Quelques heures plus tard, avec Johan et Stefen (un des organisateurs de la Montagnarde), on a refait le monde, enfin vous savez le nôtre, celui qui est fait de formats courts, d’ultras, de traileurs d’exception …

J’ai loupé ma course, mais j’ai réussi mon week-end. Un autre petit moment de bonheur qui me conforte dans l’idée que j’ai raison de courir après🙂

9 thoughts on “Trail des Hauts-Forts Morzine/Avoriaz

  1. si tu n’ecoutes pas les petits conseils bien distillés que je t’ai donné, comment veux-tu finir une course pareil dans de bonnes conditions ?😦

    Au moins, une chose est sur, c’est que tu reviendras l’an prochain… et on courra ensemble ce qui sera ma dernière sortie longue avant l’UTMB.

    1. @Doune : non j’ai fait des efforts sur la gestion de mon effort (promis) mais du coup, j’ai oublié l’eau, j’avais peu soif … Finalement, ma femme a raison lorsqu’elle dit qu’un mec sait pas faire deux choses en même temps !

  2. Tout est question d’entrainement et de gestion. J’ai fini en 5H30 l’année dernière. En gérant mieux l’effort, l’alimentation et l’hydratation je suis en 5H00 cette année. Mais c’est difficile de tout gérer!

    1. @Math : merci math, Johan, qui a couru avec moi m’a fait la même réflexion et je crois que je ne prépare pas assez mes courses. S’entraîner est une chose, penser à un plan pour manger et boire de façon adaptée au profil est important. Je cours dans un mois la Gapen’Cimes et je compte bien ne pas faire la même erreur ! Félicitation pour le chrono car avec cette météo, c’est une jolie performance.

  3. C’etait malgré tout une très belle course, et surtout une excellente expérience de course pour nous deux, et une expérience qui va te permettre d’arriver a bloc pour ton objectif de la saison.
    Mais c’etait surtout un excellent WE entre potes !!! j’ai kiffé🙂
    Merci kiki ^^

  4. Salut coco,
    bon ça arrive évidemment et généralement pas deux fois pour les mêmes raisons !! Mauvaise hydratation c’est fait !
    La Gap en Cimes je la connais bien pour l’avoir couru officiellement et découverte en OFF donc je tenterais de te distiller quelques conseils (pour info j’avais fait une déshydratation cette année là avant le Pic de Gleize simple coïncidence ?) …On repart pour de nouvelles aventures ! Heureux de vous voir ensemble tous les 3 en tout cas !!!

  5. que celui qui n’a jamais connu de fringale ni de coup de chaud nous jette la première pierre… c’était pas facile à éviter, ce week-end.
    Prompt rétablissement, la saison est loin d’être finie !

  6. @Arnaud et L’Ami : ce dont je suis certain, c’est que cette erreur m’a secoué un peu et rappelé que courir en montagne demande de la préparation et du bon sens si on veut réussir ses courses. Je me mets au boulot !

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