Récit ordinaire d’un trail extra-ordinaire – Trail Edelweiss, Gapen’Cimes 2012

Il est 6h10 dimanche matin lorsque Serge Moro, organisateur du trail Gapen’Cimes vient me chercher à l’hôtel Carina de Gap. Les autres membres du Team Asics Press sont inscrits sur les 23 et 11 km, je suis seul à prendre le départ du trail Edelweiss. Dans la voiture, nous échangeons quelques mots, ces moments sont rares, on se dit peu de choses mais l’instant que l’on partage est d’or : c’est un peu le calme avant la tempête.

6H15 – Bienvenue à Zombieland

Nous arrivons sur une esplanade du centre ville de nuit, le sol est détrempé et je commence à croiser quelques coureurs. De chaque rue, de chaque côté de la voie publique, des coureurs surgissent, la frontale rivée sur le front, certains encore mal réveillés : on dirait une armée de zombies partant à la conquête de la ville qui se déplacent de façon mécanique, effectuant des gestes répétés mille fois et qui sont comme des automatismes. En trail aussi, les rituels d’avant course existent…

Echauffement en mode « déverrouillage »

La veille au soir, Laurent Ardito et les athlètes du Team Trail Pro Asics nous ont proposé un échauffement d’une trentaine de minutes afin à préparer un organisme avant l’effort. Très progressivement, je réveille mon corps. Les sensations sont bonnes et je suis détendu pour une fois ! Pas d’excitation, je révise une dernière fois mon plan de course puis je prends place dans le sas ; l’attente sera de courte durée.

J’aperçois Manu Gault qui était avec nous la veille, j’hésite à aller le saluer…et puis je renonce, intimidé – ben oui, c’est comme ça, on passe notre temps à dire « ah, j’aimerais bien rencontrer Manu Gault, Seb Chaigneau, etc. » et ce moment là arrive et…rien. La distance fait partie du respect pour moi donc je reste à ma place.

7h00 – Une ville aux portes de la nature

Une petite portion en ville (à peine 3 km) pour prendre conscience qu’ici, à Gap, la montagne est à seulement quelques foulées du centre. Ce délayage est utile car il permet au peloton de s’étirer pour attaquer la première longue et régulière ascension vers le sommet du Cruchon pour 1000D+. Je suis parti prudemment, à 9 km/h, et je suis calé désormais sur un petit 5 km/h pour grimper. Il fait nuit et comme je n’ai pas de frontale (je n’y ai pas pensé), je me place derrière un coureur « éclairé »…

Premier col bouclé

Lorsque j’arrive au sommet, je suis impressionné par la vue sur la ville, même si le temps est nuageux, c’est superbe et ce qui est face à moi encore plus : une longue arrête de plusieurs kilomètres. Ce passage s’avère très rapidement dangereux car la pluie à rendu le sol humide et les pierres sont glissantes. Ma vitesse chute immédiatement car je manque de confiance et j’ai peur de la chute. Devant moi, je vois une longue file de fourmis s’étirer, certains coureurs sont impressionnants d’agilité, d’autres quasiment à l’arrêt ! J’apprécie mes bâtons qui me permettent d’avancer avec des appuis stables d’autant que cette portion est une montagne russe et nous montons/descendons sur 5 km.

Descente dans la vallée perdue

J’empreinte ensuite une belle descente herbeuse, bien moelleuse, après plus de 3h20 de course, je suis aligné sur mon temps prévisionnel et les sensations sont toujours bonnes après quelques 17 km. Soudain, j’aperçois une silhouette longiligne qui s’avance vers moi, un smile énorme : c’est Michael !

Grand moment de joie, mon pote est là🙂

Nous reprenons mon rythme, et faisons un petit point sur la longue portion qui s’amorce, « la plus difficile » selon Mich’ car on peut rapidement s’emballer et y laisser des forces. Je me cale sur un petit 8 km/9km et nous progressons ensemble sur un chemin de sentier, puis un sous-bois, puis nous longeons une rivière, traversons plusieurs bras que nous franchissons en sautant sur les rochers… je suis émerveillée par la variété des paysages que le tracé de la course nous permet de découvrir. D’ordinaire, c’est dans les pages des magazines de trail que je vois de telles choses et je me dis « ça à l’air chouette mais ça, c’est pour les types qui font de vrais courses de montagne… ». J’admire et je profite donc pendant que Mich’ me donne des conseils. Je parle peu en retour car nous sommes désormais à plus de 4h00 de course et j’ai une sensation de « moins bien », mes jambes sont bonnes mais le souffle est plus difficile. Il en sera ainsi jusqu’au kilomètre 27, à l’approche de Chaudun.

L’ascension du Pic de Gleize (alt. 2161m)

Mich’ me laisse au ravito n°3 alors que je reprends des forces. Je le regarde partir en sens inverse et c’est un peu surréaliste : il est sorti de nul part, m’a accompagné sur 10 bornes d’une rare beauté et puis il repart…est-ce que j’hallucine ? Tout cela est-il bien réel ?

Mes jambes me rappelle immédiatement que oui, je suis bien éveillé et je m’apprête à manger la grimpette la plus violente de ma petite expérience (sur 7 km), avec vent défavorable et températures en chute. Par moment, ma vitesse de déplacement oscille entre 3 et 2 km/h ! Je ne fais pas vraiment du surplace car j’avance et je sais que cette progression, même très lente, est essentielle pour mon moral. Cette ascension commence par un temps couvert qui, peu à peu, se dégage pour laisser place, au sommet du Pic, à un joli soleil. Tout change si vite en montagne.

Cette fois, je suis soulagé car je sais que j’ai réalisé la totalité de mon dénivelé positif soit un peu moins de 3000 D+ ! Un soldat du 4ème régiment de chasseurs m’invite à être prudent sur 2 kilomètres car la pente est extrêmement abrupte, quasi verticale par moment et il faut marcher.

Cette portion effectuée, je m’engage dans la prairie pour une longue, très longue descente vers la ligne d’arrivée : dans ma tête, les idées se bousculent, je suis heureux, je sais que j’ai réussi ma course. En voyant cette prairie face à moi, je me prends pour Charles Ingalls, fermier valeureux qui court rejoindre son épouse Marie (ça ne s’invente pas) et ses enfants…je cours et ça me fait rire. Je suis tout seul sur le parcours car j’ai été distancé. Je reconnais que cette pensée est « curieuse », un peu débile quand même, il faut l’admettre, mais je pense après coup que c’était l’émotion cumulée à la fatigue physique ?!

Cela dit, elles avaient de la technique, les filles Ingalls pour dévaller une pente !!!

Dans mes bras mon ami !

Je cours cette dernière portion avec un semblant de fraicheur retrouvée. Je déroule ma foulée, j’essaie de placer mon corps et mes appuis correctement pour profiter encore un peu plus de cette fin de course sur 5 à 6 km. Je suis arrivée assez souvent à la ramasse mais cette fois, non, je me fais plaisir, comme m’y a si souvent invité ces derniers moi Eric Lacroix, le coach du Team.

A  dix mètres de la banderole « finish », Mich’ est revenu ! La ligne d’arrivée, ce sont ses bras qu’il me tend.

Le trail Edelweiss de la Gapen’Cimes s’achève comme ça pour ce qui me concerne : 100 % de plaisir (peu importe mon chrono final de 8h25), une préparation de plusieurs mois avec les conseils d’Eric Lacroix qui est à elle seule une aventure unique dans cette aventure … je crois que je pourrai regarder encore cette photo de moi non pas par nombrilisme, mais juste pour me rappeler, si jamais il m’arrivait de l’oublier, qu’une seule course a pu m’apporter plus joie et de confiance que toutes les autres réunies.

J’étais invité sur ce trail et je me dois de remercier encore une fois :

Serge Moro, l’organisateur de la Gapen’Cimes, une rencontre inattendue et vraiment sympathique ;

La ville de Gap et son maire adjoint au sport qui m’a expliqué les rudiments du Hockey sur glace samedi soir !

Les athlètes du Team Trail Asics pour la séance d’entrainement de samedi soir ;

Asics pour l’expérience, le matériel (excellentes, les Fuji Trainer, je reviendrai dessus) ;

Elodie et Yasemin qui ont organisé pour la Team Asics Press ce week-end de fou !

Et bien entendu, merci à vous Eric pour les conseils, les plans les blocs, les mails…

J’ai appris et compris beaucoup de choses sur l’organisation et la gestion d’un plan de préparation. On recommence quand vous voulez🙂

 

18 thoughts on “Récit ordinaire d’un trail extra-ordinaire – Trail Edelweiss, Gapen’Cimes 2012

  1. Depuis le temps que tu l’attendais ce trail! On ressent bien là toute la joie que tu as eu même si ta progression a été quelques fois lente et difficile, tu t’es fait plaisir, c’est là l’essentiel. Et en effet apres plusieurs heures de course il parait qu’on peut avoir des mirages…Ton passage à la Ingalls m’a bien fait marrer!😉
    Bonne récup.

    1. @vinvin20: j’avoue qu’à l’arrivée, Mich’ pourra le confirmer, j’étais un peu « c.. » sur les bords, pas capable d’aligner deux idées, totalement vidé😉

    1. @Philippe: clairement, même quand tu es bien dans ta course, voir arriver en face de toi un pote, ça te boost comme rien autre. Après, c’était chaud car on avait envie de parler mais en même temps, le souffle il suivait moyennenent😦

  2. Ha !!! Tu as géré cette course comme un pro, je suis vraiment super content pour toi mon kiki.
    Cette course et cette ligne d’arrivée passée en mode « déjà fini? » va t’ouvrir de nouvelles perspectives.

  3. Quelle réussite. Tu peux être fier de toi et de ton come back. Le dance floor est bien loin maintenant !

    En plus tu nous livres un joli récit.
    Merci pour ce partage.

    Je suis sûr qu’on s’est tous reconnus, perdus dans la brume, en pleine hallucination créée par le mélange de fatigue et de beaux paysages, à voir passer puis disparaître la boîte de ricoré !

  4. Depuis le temps que tu nous en parles de ce trail. Finalement, qu’est-ce qui a été le plus dur, les épreuves de ces derniers mois ou ce trail? Mais je suis sûr que c’est justement toute cette aventure qui te fait savourer aujourd’hui cette course et qui t’a permis de prendre tant de plaisir, de te donner à fond pour arriver vidé.
    Encore bravo! Tu as assuré Charles!

  5. Une superbe course et ressentir ainsi autant d’émotions et se faire vraiment plaisir sur une course, que rêver de mieux ?
    Un ami qui vient par 2 fois t’encourager et te féliciter sur ta course, ce sont de beaux moments de partage !! Un beau souvenir !

  6. Bravo Fabrice ! Bravo pour ton récit qui nous transporte quelques instants dans tes pas et surtout bravo pour ta course. Merci pour ton implication et à très vite sur une course ASICS.

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