Compression totale : test longue durée Skins

Il y a un an, je rencontrais à Run Expo un dirigeant  de Skins France. Notre discussion s’orientait très vite sur l’enjeu de pouvoir objectiver les bénéfices de la compression dans le domaine de la course à pied. Il existe en effet beaucoup d’études scientifiques qui ont été réalisées avec des tenues partielles ou totales mais elles proviennent majoritairement de Nouvelle Zélande ou d’Australie, le berceau de la marque, et portent sur des disciplines telles que le rugby, le cyclisme ou encore le cricket. Ces études apportent un éclairage intéressant sur différents paramètres et sont généralement peu connues de coureurs car publiées en anglais et assez confidentielles en dehors des cercles d’initiés.

Que trouve-t-on dans les études publiées

On constate d’abord qu’il y a beaucoup d’études sur la compression partielle (membres inférieurs du type mollets ou cuisses) qui ont fait l’objet de tests encadrés avec protocole et les plus démonstratives sont surtout sur la récupération après un effort physique (notamment des sports d’endurance comme la course ou le cyclisme mais aussi des sports co) – ceux que cela intéresse peuvent retrouver l’étude « Lower limb compression garment improves recovery from exercice-induced muscle damage in young, active females », Jakeman, JR, Byrne, C., and Eston, RG (2010) publiée dans l’European Journal of Applied Physiology, 109(6), 1137-1144 ou encore celle sur des joueurs de rugby « Effectiveness of post-match recovery strategies in rugby players », Gill, ND, Beaven, CM, Cook, C. (2006) publiée dans le British Journal of Sports Medicine, 40, 260-263.

Ces études concluent toutes les deux à un effet physiologique bénéfique de la compression de gradient. La compression de gradient permet notamment une évacuation accélérée des déchets métaboliques produits à l’effort et une meilleure recirculation de l’acide lactique.

Mais qu’en est-il de l’effet sur la performance ? J’ai trouvé finalement peu d’études, surtout appliquées à la course à pieds mais deux ont retenus mon attention et portent sur la compression totale :

« The effect of whole-body compression garments on prolonged high-intensity intermittent exercice » Sear J, Hoare T, Scanlan A, Abt G, Dascombe B, publiée dans Journal of Strenght and Conditioning Reserach (2010) – pour faire court, cette étude constate une amélioration des performances à l’effort et suggère (+ 8,5% d’augmentation de la distance parcourue par les athlètes ayant porté la full compression) et une meilleure oxygénation musculaire (+ 4,3%) vs. les athlètes sans tenue.

L’étude « Comparison of three types of full-body compression garments on throwing and repeat-sprint performance in cricket players » de Rob Duffield et Marc Portuse, publiée dans le British Journal of Sports Medicine (2007) me semble la plus intéressante car très protocolisée (je vous invite à la lire, elle est passionnante) – cette étude ne démontre pas d’améliorations directs et objectives des performances physiques (répétitions de sprint par exemple ou même les lancers). En revanche, l’étude a mis en évidence un bénéfice subjectif en matière de ressenti des athlètes, principalement sur les douleurs musculaires, ainsi qu’un bénéfice ressenti aux niveau des échanges thermiques corporels dans des conditions normales. Selon ma compréhension, la compression  pourrait ainsi faciliter le travail intermittent ou en fractionné sur de courtes fractions courues à vive allure.

La  plupart des témoignages partagés sur le net évoquent le confort, la sensation de maintien, le fait que c’est cool car c’est moulant mais rien de cela n’est objectif (j’ai déjà témoigné dans ce sens cela dit) et on est assez perdu par toutes ces études. Par ailleurs, la circulation du sang ne commence pas et ne s’arrête pas à certaines partie du corps, je me suis donc dit qu’une tenue complète donnerait peut-être des impressions plus probantes.

dynamic_gradient_compressionOn arrive donc à la question que je me suis posé : est-il possible de faire un test de longue durée sur l’effet ressenti de la compression totale avec un « semblant » de protocole qui permette, à défaut d’être scientifique, d’être au moins assez carré pour comparer différents types de séances avec et sans vêtement de gradient ? Skins m’a dit banco, et moi j’ai foncé.

Je précise que ce test comporte plusieurs participants du Taillefer Trail Team (6) mais à ce jour, je suis le seul à avoir terminé l’ensemble du protocole que j’ai développé – les blessures à répétitions n’aident pas beaucoup ;-(

Mes caractéristiques physiques :

Poids : 69,5 kg (taille S en bas)

Tour de poitrine : 93 (taille M en haut)

Produits testé : série 400 collant long et tee-shirt manche longue

Protocole suivi : pour faciliter le travail de prise de notes, j’ai développé une grille me permettant de poser mes impressions après chacune des séances ; une technique pour essayer d’être le plus objectif possible.

Type de séance Séance 1 (avec Skins) Séance 2(sans Skins) Séance 3(avec Skins)
Sortie longue (≥ 3 heures)11 à 12 km/h de moyenneDev 0
Travail de côtes longues (≥ 1000 m)variante en DEV –
Vitesse ascensionnelle : 8 x (45  » en côte sur sol souple / descente en footing + 45″ de chaise)
Sortie off ou compétition (selon programme)

Quels résultats ?

La sortie longue

Je précise que ces sorties n’étaient pas les plus simples puisque j’étais en période de reprise avec ce type de séances…

Séance 1 (avec full skins) Séance 2(sans full skins) Séance 3(avec full skins)
Sensations :

  • Très bonnes
  • Mouvements du haut et bas du corps facile
  • Compression ressentie agréable malgré un serrage un peu inhabituel au départ mais qui s’estompe rapidement après 10 à 20 mn

Efficacité :

  • Effet sur le placement du haut du corps nettement perceptible
  • Effet sur la performance difficile à évaluer mais aisance ressentie

Courbatures/douleurs :

  • Survenue le surlendemain pendant 48h00
Sensations :

  • Bonnes au départ

Efficacité :

  • A tendance à diminuer après 2h00
  • Foulée moins efficace, sensation d’écrasement sur le sol perceptible

Courbatures/douleurs :

Survenue le surlendemain pendant 72h00

Sensations :

  • Très bonnes
  • Mouvements du haut et bas du corps facile
  • Compression ressentie agréable, le corps s’habitue à la compression totale

Efficacité :

  • Effet sur le placement du haut du corps nettement perceptible
  • Effet sur la performance par rapport à la sortie précédente : fatigue moins grande, meilleure posture du haut et bas du corps

Courbatures/douleurs :

Survenue le surlendemain pendant 48h00

 

Travail de côtes longues (≥ 1000 m obtenus par répétitions de côtes)

Ces séances ont été faites en course sur une côte longue en bordure de route (bof) et doublées en raquettes à la montagne.

Sensations :

  • Très bonnes
  • Mouvements du haut du corps « canalisés » par le tee-shirt compression, impression d’une posture améliorée

Efficacité :

  • Effet sur le placement du haut du corps nettement perceptible
  • Pas d’effet perceptible sur la performance

Courbatures/douleurs :

  • Survenue le surlendemain pendant 48h00 avec un effet jambes lourdes
Sensations :

  • Bonnes

Efficacité :

  • Diminue sous le coup de l’effort qui se prolonge, perte d’aisance légère mais progressive
  • Foulée moins efficace, sensation d’une moins bonne maîtrise de la foulée

Courbatures/douleurs :

  • Survenue le surlendemain pendant 72h00 avec un effet « jambes en béton » !
Sensations :

  • Toujours très bonne

Efficacité :

  • Effet sur le placement du haut du corps nettement perceptible
  • Effet sur la performance  perceptible par rapport à la sortie précédente : fatigue moins grande, surtout au niveau des cuisses, meilleure posture du haut et bas du corps

Courbatures/douleurs :

  • Survenue le surlendemain pendant 48h00 mais moins importante que sans compression totale

Vitesse ascensionnelle : 8 x (45  » en côte sur sol souple en forêt / descente en footing + 45″ de chaise)

J’ai retrouvé des sensations très proches de celles ressenties sur le travail en côtes longues, autrement dit, la perception du bénéfice avec la compression totale était plus évidente lors de la deuxième séance “avec tenue totale” car je pouvais comparer les effets d’une séance à l’autre – c’est l’avantage de travailler sur 3 séances🙂

L’apparition des courbatures est également moins forte avec la compression totale et surtout plus courte : je l’estime à +/- 24h00…

Sortie off ou compétition

Ma sortie off (ce devait être le trail hivernal du TTT) ne s’est pas vraiment déroulé comme prévu du fait d’une épaisse couche de neige qui a saboté nos meilleurs prévisions. Mon off s’est donc apparenté à une sortie longue ;-(

Si vous avez lu l’article jusqu’ici : bravo ! Désolé, c’est un peu long mais j’essaie de détailler le plus possible…

Quels enseignements je tire de ce test longue durée ?

  • d’abord, la compression totale et ses effets sur mon activité sportive n’ont pas été perceptibles d’emblée ou alors seulement les sensations : le moulage corporel, le maintien ou parfois des impressions peu agréables lorsqu’on est pas habitué à porter des vêtement serrés;
  • les effets sur les douleurs musculaires ressenties pendant et/ou après l’effort ont été plus faciles à ressentir car la douleur est un signal, il est subjectif mais bien réel;
  • les effets sur la mes performances ont été plus difficiles à évaluer et je dois dire qu’il n’est pas évident de dépasser les constats que j’ai pu faire : les répétitions de côtes sans tenue totale étaient plus difficiles à mesure que les répétitions s’enchaînaient. Pour autant, je ne suis pas parvenu à quantifier ce bénéfice en gain de temps ou de répétitions supplémentaires (mais ce n’était pas un objectif de départ car je voulais reproduire chaque fois les mêmes séances);
  • les effets sur la posture sont définitivement validées pour moi et sur ce point, je pense qu’un gabarit comme le mien, peu musclé, ressent assez facilement les corrections apportées au niveau de la posture du haut du corps – la tension du textile est perceptible. Sur le bas du corps, c’est la même choses, j’ai des quadris peu développé et le travail en côtes, ça pique !! Souvent, j’ai l’impression qu’en bas, tout part en vrille sous l’effet de la fatigue et de la montée lactique. Ces points se sont trouvés améliorés, mon confort et ma qualité de course aussi de ce fait sans que je puisse mettre un chiffre ou un pourcentage sur ce bénéfice.

La compression continue d’intriguer dans les rangs de la course à pied et je constate que de plus en plus de coureurs l’utilisent, partiellement en majorité. J’ai découvert la compression totale et je trouve que les impressions sont bien plus positives, le ressenti plus précis même si je n’ai pu quantifier. J’étais un adepte de la compression avant, je le reste aujourd’hui car même si je n’améliore pas mes perf’ de façon évidente, je cours dans de bien meilleures conditions (pas plus mais mieux !) et c’est un point important.

Si vous avez des question…

Merci à Skins France pour m’avoir suivi sur ce test amateur.

2 thoughts on “Compression totale : test longue durée Skins

  1. vlà un vrai test comme on aime les voir…

    Perso, la compression, j’y était allé, et j’essaie de m’en séparer…. surtout pour les longues distances où l’inconfort prend le dessus.

    1. @Doune : c’est un refrain que j’ai entendu pas mal de fois ces derniers temps mais plus sur les manchons de compression…mais même sur ce point, je reste un utilisateur inconditionnel.

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